
David contre Meta : j’avais tout préparé pour affronter leur agent IA. Le combat n’aura pas lieu.
Dans le premier numéro, « J’ai voulu quitter le cloud. Il m’a rattrapé », j’ai tout de même gardé l’essentiel : mes données sensibles restent entre mes mains, sur une IA locale qui n’a plus à rougir face aux grands modèles payants.
Une suite logique s’imposait : les agents IA. Des guerriers au service d’une noble cause : la mienne. Certes techniques, mais plus consensuels. Cette fois, nul duel entre le local et le cloud. J’imaginais déjà l’exercice : vulgariser sans perdre un matelot en mer.
C’était sans compter avec Meta, qui allait me servir sur un plateau d’argent le thème de ce deuxième numéro : le 8 septembre, lancement aux États-Unis de Muse. Rien à voir avec la déesse qui préside aux arts et aux sciences… plutôt un agent servile qui lit votre correspondance, tient votre agenda et paie à votre place. La veille encore, les agents restaient une affaire de passionnés. Meta en a fait une application.
De mon côté, j’avais déjà façonné le mien : chez moi, avec mes règles. Par la suite, j’ai mesuré la taille de l’adversaire, et ce qu’il faudrait lui donner pour qu’il serve à quelque chose : les clés de ma maison. Voici pourquoi le combat n’aura pas lieu, et à quelles conditions je reprendrai ma fronde.
Les agents se démocratiseront, aucun débat là-dessus. La seule question est : avec quelles clés ?
Pas de mesures ici : c’est une enquête. Elles viendront plus tard, avec un agent en cage.
Si vous n’avez que trente secondes
Ce que pèse Muse : Il dépasse 5 millions de téléchargements au 30 septembre, selon les estimations de Sensor Tower, et tient la première place de l’App Store et de Google Play aux États-Unis. Il a franchi ce cap en 22 jours, là où l’application ChatGPT en avait mis 56. Walmart, PayPal, Expedia et Instacart sont déjà partenaires. Aucune date n’est annoncée pour l’Europe.
Ce qu’il demande, rien de moins que vos clés : Messageries, agenda, comptes bancaires, dossier médical, et désormais votre Mac. Hélas, il ne distingue pas toujours ce qu’il lit de ce qu’on lui ordonne. Meta l’écrit elle-même.
Ce que cela change pour vous : Si vos clients sont des particuliers, demain ils ne chercheront plus un fournisseur. Ils le demanderont à leur agent. Et c’est Meta qui tient l’annuaire, avec, à terme, une commission sur les transactions.
La suite logique du numéro 1
Restait à donner des mains à mon IA locale. Un chatbot, comme ChatGPT dans sa version de base, c’est un consultant brillant enfermé derrière une vitre : il répond, mais ne touche à rien, ne salit rien. Un agent, c’est ce même consultant à qui l’on remet ses badges, un téléphone et un double des clés. Il agit.
Le plan était simple : Hermes, l’agent open source qui me semble aujourd’hui le plus abouti, installé dans les règles.
Au programme, un majordome numérique. Chaque matin, un message vocal pour me résumer ma journée et me suggérer comment mieux l’organiser. Des listes de tâches qui se tiennent à jour et me relancent au bon moment. Et quatre verbes que je ne délègue jamais : envoyer, signer, payer, supprimer. L’agent prépare, je décide, je valide.
Il faut dire que je fonctionne par priorités. Ce qui compte vraiment m’échappe rarement. L’intendance, elle, glisse parfois sous la pile : le rendez-vous médical à caler, le café à renouveler, les courriers à poster… C’est exactement le travail d’un majordome : rattraper ce qui passe entre les mailles du filet.
David
En septembre 2026, installer un agent comme Hermes ou OpenClaw demande encore, le plus souvent, de taper des commandes dans un terminal, de préparer son ordinateur, puis d’y brancher soi-même un modèle d’IA.
Ces outils sont nés du bricolage, au sens noble. Hermes Agent vient de Nous Research, un laboratoire indépendant fondé en 2023, qui comptait une vingtaine de personnes lors de sa levée de 50 millions de dollars en avril 2025. Les deux projets sont libres, et suivis par des centaines de milliers de développeurs.
Ce bricolage a ses ratés. En février, la directrice de l’alignement de Meta Superintelligence Labs, dont le métier est de faire obéir les IA, confie chez elle sa boîte mail à OpenClaw, le projet open source qui a popularisé les agents. Consigne : propose-moi ce que tu supprimerais, et ne fais rien sans mon accord. L’agent envoie des centaines de courriels à la corbeille. Depuis son téléphone, elle lui écrit d’arrêter. Il continue. « STOP ». Il continue… Elle finit par courir jusqu’à sa machine, « comme pour désamorcer une bombe ». Personne ne l’avait piratée : l’agent avait oublié la consigne en route. Erreur de débutant, reconnaîtra-t-elle.
Voilà David : une communauté, un petit laboratoire, des outils puissants et encore rugueux. Le 8 septembre, Goliath est entré dans l’arène.
David contre Meta. Le jeu de mots était trop beau pour ne pas tenter le coup (de fronde).
Goliath
Mesurons l’adversaire. Meta a investi 72,2 milliards de dollars en 2025, et prévoit entre 130 et 145 milliards en 2026, tirés, dit le groupe, par son laboratoire de superintelligence et son cœur de métier. C’est près de 2 000 fois tout ce que Nous Research, l’éditeur d’Hermes, a levé depuis sa création. À ce rythme, Meta dépense cette somme en moins de cinq heures.
Et sur votre nez, Meta a déjà un écran : ses lunettes Ray-Ban Display, vendues aux États-Unis depuis un an, arrivent en France le 13 octobre. Le grand public n’a pas encore digéré les lunettes qui filment et écoutent que voilà celles qui affichent. Et Muse doit s’y installer dans les prochains mois.
Surtout, Goliath ne vient pas seulement avec une épée. Il vient avec votre carnet d’adresses : 3,6 milliards de personnes utilisent chaque jour Facebook, Instagram, Messenger ou WhatsApp. Au deuxième trimestre, Meta a tiré 59,4 milliards de dollars de la publicité. Peu d’entreprises connaissent aussi bien la vie de leurs utilisateurs.
Goliath n’est pas fils unique. Le 29 septembre, OpenAI a lancé Dots, ses agents « toujours actifs », avec une petite mascotte de dessin animé. Ils sont réservés pour l’instant à ses abonnements les plus chers. La société d’IA d’Elon Musk teste Grok Bot depuis août. Meta, elle, joue une autre carte : Muse est gratuit, et se paiera sur vos achats.
Suivre l’IA, c’est apprendre à décaler ses dates de publication. Ce numéro était presque bouclé. Mardi, Sam Altman a eu la délicatesse de lancer Dots. J’ai dû rouvrir mon fichier. Si un autre géant dégaine son agent pendant que vous lisez ces lignes, ne m’en voulez pas : c’est la preuve que le sujet est brûlant.
Ce que Muse sait faire
Soyons justes : Muse est impressionnant. Moi, je ne flancherai pas. Mais je comprends qu’on puisse glisser : il est conçu pour cela.
Il tourne dans le cloud de Meta, en continu, même application fermée. Il vit dans WhatsApp et se branche sur des dizaines de services, bientôt des centaines : Gmail et Outlook, vos agendas, votre banque, votre montre ou votre balance connectée, et même votre dossier médical.
Il réserve une table, un vol, des places de concert. Il appelle même les entreprises à votre place : aux États-Unis, des utilisateurs racontent avoir fait baisser leur facture internet ou récupéré un remboursement oublié. Gratuit jusqu’à un plafond d’usage chaque semaine, il coûte 20 ou 100 dollars par mois pour en faire davantage.
Et pour les fêtes, Meta promet Muse Charm : un porte-clés de cinq centimètres, avec un écran, des micros et deux caméras, où Muse prend les traits d’une petite mascotte toute ronde. Plus besoin de déverrouiller son téléphone pour lui parler. Le remède de Meta à notre addiction aux écrans ? Un écran de plus, qui nous écoute… Le Tamagotchi est de retour, en 5G. Avouons-le : on est loin du Goliath en armure de mes métaphores.
Côté sécurité, la copie est sérieuse. Un second agent, Sentinel, joue les videurs : rien de ce que fait Muse n’atteint internet sans son feu vert. Les paiements passent par des cartes virtuelles à usage unique. Et Muse demande votre accord avant d’envoyer un courriel ou de payer. Sa fiche le promet : rien n’est dépensé, envoyé ou partagé sans votre accord. Trois verbes. Il en manque un : supprimer, celui qui a coûté ses courriels à la directrice.
Depuis le 18 septembre, Muse pilote même votre Mac. Là, Meta a ajouté le quatrième verbe : il doit demander avant d’effacer un fichier. « Vous pouvez vous éloigner de votre ordinateur, il continue de travailler pour vous », promet Alexandr Wang, le patron de l’IA de Meta. S’éloigner, c’est précisément ce qu’avait fait la directrice de Meta Superintelligence Labs. Elle a dû courir…
Goliath trébuche et trébuchera
Le 20 septembre au soir, Amazon bloque Muse sur son site, au motif que l’agent ne se présente pas comme tel et semble capturer les identifiants des clients. Meta assure le contraire. Derrière la sécurité, beaucoup y voient une autre raison, à 68 milliards de dollars : c’est ce qu’Amazon a tiré de la publicité l’an dernier, environ 10 % de son chiffre d’affaires. Or un agent qui compare les prix n’a que faire des produits sponsorisés.
Le lendemain, Shopify ouvre toutes ses boutiques à Muse, marchands inscrits d’office, sauf opposition. Un géant ferme sa porte. L’autre tend à Muse le double des clés de tout le quartier.
Le même jour, le chercheur Patrick Wardle montre qu’un programme installé sur un Mac peut détourner les dictées vocales destinées à Muse et récupérer la clé du compte. Meta corrige en moins de vingt-quatre heures.
Goliath n’est pas tombé. Il a trébuché deux fois en quinze jours, sur des cailloux qu’aucun David n’avait lancés.
Des deux côtés du comptoir ?
Depuis le 18 septembre, les entreprises, des restaurants aux grandes enseignes, peuvent demander à brancher leurs services sur Muse : plus de 1 500 candidatures en moins d’une semaine. Meta les range dans son annuaire, et ses équipes choisissent qui est mis en avant.
Et Meta s’installe désormais des deux côtés du comptoir. Depuis le 29 septembre, Muse for Small Business propose aux commerçants un agent branché sur leurs comptes Facebook et Instagram, leurs campagnes publicitaires, leur comptabilité QuickBooks ou leur boutique Shopify. Le même groupe tient l’agent de l’acheteur, celui du vendeur, et la régie publicitaire entre les deux.
Demain, votre client ne cherchera plus un fournisseur. Il le demandera à son agent. Et c’est Meta qui tiendra l’annuaire.
On a déjà vu ce film avec la recherche. Depuis le 22 juillet, Google affiche aussi chez nous un résumé rédigé par son IA, juste sous la barre de recherche. Dès les premiers jours, Ahrefs mesurait une baisse de 23 % du taux de clic vers les sites les plus exposés. L’IA répond, le site perd la visite. Avec un agent, c’est un cran plus loin : l’IA achète, le commerçant perd le client.
En France, l’Autorité de la concurrence estimait en juillet que moins de 5 % du trafic des sites marchands français vient aujourd’hui des agents IA, et peut-être 20 à 25 % en 2030.
Le post-it qui commande
Le 13 avril, le CERT-FR, le service d’alerte de l’ANSSI, a tranché : en l’état, les assistants autonomes comme OpenClaw « ne doivent pas être déployés sur des postes de travail ». Hermes est de la même famille. Pour un essai, le bulletin pose deux conditions : une validation humaine pour toute action qui a un effet, et une cage, un espace isolé où l’agent ne touche que ce qu’on y a mis, sans aucune donnée sensible.
Pourquoi tant de prudence ? Parce qu’un agent ne distingue pas toujours ce qu’il lit de ce qu’on lui ordonne. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme… Imaginez un stagiaire brillant qui exécute tout ce qui est écrit sur un post-it, sans se demander qui l’a collé sur son écran. Les spécialistes appellent ça l’injection. Meta écrit elle-même que Muse n’est pas immunisé, et offre jusqu’à 130 000 dollars à qui démontrera la faille. Même Goliath met un prix sur ce qu’il redoute.
Écrire « ne fais rien sans mon accord » n’est pas une serrure : la directrice l’avait écrit. Et face à un ordre caché dans un document, l’agent ne sait même pas qu’il désobéit.
Le développeur Simon Willison, celui qui a baptisé l’injection, résume le danger en un triangle : un secret, un inconnu, une porte. Un agent devient dangereux quand il tient vos données privées, lit des contenus écrits par des inconnus, et peut envoyer quelque chose dehors. Muse réunit les trois par construction : c’est ce qui le rend utile.
Ce que Muse demande en échange
Sur la sécurité, Muse est mieux conçu que tout ce qu’on pourrait aujourd’hui bricoler dans un labo personnel (des milliards investis en R&D attirent aussi les meilleurs cerveaux de la planète). Ce qui me gêne est ailleurs.
Le trousseau complet : Messageries, agenda, banque, santé. Et Meta a déjà WhatsApp, Instagram et Facebook : elle peut croiser vos informations de l’un à l’autre. Muse, lui, calerait le rendez-vous médical tout seul. Il saurait même pourquoi j’y vais. Il ne tient pas seulement mes clés : il tient la liste de mes soucis.
Une promesse, pas une serrure : Aujourd’hui, l’accès des salariés de Meta à vos données est limité par des règles internes. La vraie serrure, un coffre dont vous seul auriez la clé, est promise pour la fin de l’année. D’ici là, c’est une promesse.
Le modèle économique : Par défaut, vos échanges avec Muse servent à entraîner ses modèles. Il faut aller décocher l’option. Et Mark Zuckerberg l’a dit sans détour, le 23 septembre : si Muse est gratuit, c’est que Meta compte, à terme, prélever « une petite commission sur les transactions ».
De qui l’on dépend : Le jour où Muse arrivera en France, vos clés iront à une entreprise soumise au droit américain, même hors des États-Unis. Pour quelqu’un qui parle de souveraineté au quotidien, ce n’est pas un détail.
Je ne suis pourtant ni un militant du tout open source, ni un paranoïaque de la cybersécurité. J’utilise chaque jour des solutions américaines, et beaucoup sont excellentes. La question n’est pas de s’en passer, mais de savoir ce qu’on leur confie. Protéger ses données sensibles n’est pas une posture. C’est de l’hygiène numérique.
Le combat n’aura pas lieu
Un compte X (@trikcode) résumait l’époque, il y a quelques mois : « La génération qui refusait d’accepter les cookies donne aujourd’hui à l’IA l’accès à ses ordinateurs, ses fichiers et ses comptes bancaires. » J’appartiens à la première moitié de la phrase. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans la seconde.
Muse a poussé ma réflexion plus loin que prévu. La question n’était plus « quel agent installer ? », mais « que suis-je prêt à permettre à un agent ? » J’ai posé Muse et mon agent en parallèle.

Version texte de l’infographie
Deux agents, deux trousseaux. Ce que mon agent et Muse demandent. Une clé marque chaque accès accordé, un cadenas chaque refus.
| Mon agent | Muse | |
|---|---|---|
| L’agent | Hermes, open source, de Nous Research | Muse, propriétaire, de Meta |
| Où il travaille | Sur mon PC personnel | Dans le cloud de Meta, et sur votre Mac |
| Le cerveau | Qwen 3.8 en local | Le modèle de Meta |
| Vos messageries | Non (cadenas) | Gmail, Microsoft, SMS, Messenger, Instagram, Telegram, Mail, iMessage (Mac) (clé) |
| Votre agenda | Mon agenda perso (clé) | Tous vos agendas (clé) |
| Banque et paiements | Non (cadenas) | Comptes bancaires, cartes, PayPal (clé) |
| Santé | Non (cadenas) | Montre, balance, dossier médical (clé) |
| Vos réseaux sociaux | Non (cadenas) | Facebook, Instagram, Threads, reliés à Muse (sauf compte séparé) (clé) |
| Ce qu’il lit du dehors | Le web (clé) | Messages reçus, web, boutiques en ligne, documents partagés (clé) |
| Ce qu’il peut faire | M’envoyer un texte ou un vocal (à moi seul) (clé) | Écrire, réserver, appeler, acheter (clé) |
C’est le paradoxe de la forteresse. Mon IA privée n’a aucune porte de sortie. Un agent peut, lui aussi, travailler enfermé dans une cage, sur ce qu’on y dépose. Mais pour être un vrai majordome, il devrait sortir avec toutes les clés. Pour le reste, pas forcément : faire ma veille, résumer l’actualité, préparer des brouillons, comparer des offres, tenir mes listes. Tout cela se fait sans ouvrir la maison. Goliath, lui, ne peut pas s’en passer : sans votre carte, pas d’achat, et sans achat, pas de commission.
Le déséquilibre est criant. Goliath arrive avec des milliards, des lunettes, un annuaire et les clés que ses utilisateurs lui tendent. David arrive avec une carte graphique, des logiciels libres, et le refus de donner les siennes. Il ne se bat pas seulement contre un géant : il se bat les mains attachées.
L’IA locale met le cerveau à l’abri. Pas les mains.
Ce qui me fera reprendre ma fronde
Je ne demande pas le risque zéro. Je demande un risque que je peux mesurer, limiter et annuler. Voici aujourd’hui mes cinq conditions pour confier une clé à un agent :
- Je sais exactement ce qu’il lit, et rien d’autre.
- Il ne fait rien d’irréversible sans moi, et je valide hors de la conversation.
- Mes données sont chiffrées avec une clé que je suis seul à détenir.
- Rien de ce qu’il voit n’entraîne un modèle, et je peux tout effacer, ou tout emporter ailleurs.
- Je peux l’arrêter d’un geste, même à distance.
Aujourd’hui, Muse n’en coche aucune entièrement. Vous choisissez les applications qu’il touche, mais pas chaque contenu qu’il lit. Il demande votre accord avant d’envoyer, de payer ou d’effacer un fichier sur votre Mac. Le coffre chiffré, dont vous seul auriez la clé, est promis pour la fin de l’année. Vos échanges servent par défaut à entraîner ses modèles, et sa mémoire ne s’efface qu’« au mieux de ses capacités ». Quant à l’arrêter d’un geste, à distance, je n’ai trouvé aucune documentation précise.
Sur le papier, mon agent à la maison coche presque tout d’office : il ne lit que ce que je lui donne, rien de privé ne sort de chez moi, rien n’entraîne un modèle. Il reste à le prouver. Mais ni l’un ni l’autre ne règle le vrai problème : aucun agent, chez Meta comme chez moi, ne sait encore reconnaître à coup sûr un ordre caché.
C’est peut-être le grand mérite de Muse. En mettant un agent risqué entre les mains du grand public, Meta pousse tout le secteur à fabriquer des serrures plus vite. Goliath aura rendu service à David.
Et les serrures commencent à arriver. Le 29 septembre au soir, la fondation OpenClaw a lancé OpenClaw Enterprise, avec Red Hat, NVIDIA et OpenAI. Gratuit, open source, à installer sur ses propres serveurs, il sert à piloter des flottes d’agents en entreprise : tout est interdit par défaut, chaque droit s’accorde un par un, chaque action laisse une trace. C’est encore une version d’essai. Mais le bricolage de David commence à porter une armure, et ce sont des Goliath qui l’aident à l’enfiler.
L’agent est un consommable. La sécurité, les process et la donnée sont le patrimoine.
David choisit son terrain
Avant de ranger ma fronde, un mot pour Goliath : bravo. Muse est un tour de force, et je le dis sans ironie. La communauté du libre adore ce genre de défi : le 22 septembre, deux semaines après le lancement, un clone libre, OpenMuse, était déjà annoncé. Le mouvement va dans les deux sens : en début d’année, c’est OpenClaw qui avait ouvert la voie. Chaque coup d’un géant nourrit la créativité des « bricoleurs », et inversement. C’est la meilleure nouvelle de cette histoire.
Je ne me battrai pas contre Meta sur son terrain : nos mails, nos agendas, nos cartes bancaires. Mais je ne vais pas non plus regarder passer les agents depuis ma fenêtre. Ils arrivent, et je veux savoir ce qu’ils valent quand on les tient en laisse.
Prochaine étape : finaliser la configuration d’Hermes chez moi, dans une cage. Des règles simples : il ne lit que des contenus publics, écrit dans un dossier à part, et ne parle qu’à moi. Une seule porte : un canal Telegram vers mon téléphone, que je surveillerai. Aucune de mes clés, rien de professionnel ni de sensible. Je le jugerai au regard de mes cinq conditions, de sa résistance aux pièges, et du seul critère qui compte au quotidien : l’utilité.
Goliath a besoin de toutes nos clés pour être utile. Je vais mesurer jusqu’où David peut aller sans aucune des siennes.
Épilogue
Face à Goliath, David ramassa cinq pierres dans le torrent. Une seule lui suffirait. Les miennes, ce sont mes cinq conditions, et elles restent dans ma poche. Cette fois, je range ma fronde. Pas pour longtemps.
Et le médecin ? Toujours pas booké. Entre un rendez-vous oublié et un trousseau confié, j’ai arbitré.
Et vous : si Muse arrivait en France demain, vous l’installeriez le soir même, ou vous attendriez la serrure ? Dites-le-moi en commentaire. Je lis tout moi-même. Sans agent (pour l’instant).
>_ Rachid IMOUSTANE